Jour 280 – 4000 km

A Manaus, notre plan était de rejoindre Belém (au nord du Brésil) en poursuivant l’Amazone jusqu’à son embouchure sur l’océan Atlantique. De Belém, nous voulions ensuite prendre un bus pour rejoindre Salvador de Bahia.

Ca, c’était l’idée. Mais quand nous nous sommes penchées sur l’itinéraire (environ 4000km) et sur les prix, on a vite décidé de changer nos plans ! Les distances sont tellement énormes que les compagnies brésiliennes de bus proposent des voyages aux prix exorbitants (pour nous).
On s’est donc décidé pour un compromis : nous reprendrons le bateau mais pas pour Belém, pour Santarem (à mi-chemin sur l’Amazone) et à partir de là nous essayerons de rejoindre Salvador en stop.

On quitte donc Manaus en se dirigeant vers le port où nous étions arrivées 5 jours plus tôt.
On grimpe dans le bateau avec une bonne heure et demie d’avance, mais c’est déjà la pagaille ! Sur les deux étages du bateau, tous les emplacements à hamac semblent pris et dans la cohue-bohue des sacs, des cartons et des hamacs, avec une musique brésilienne nous criant dans les oreilles. On a du mal à se faire une petite place. Au deuxième étage, on réussit finalement à installer nos deux hamacs côte à côte au milieu de deux rangées et entre les énormes bagages de nos voisins. Ici c’est le règne de la promiscuité ! Pour aller aux toilettes il nous faut nous hisser hors du hamac, marcher sur nos sacs à dos, bousculer 2/3 personnes dans leurs hamacs et espérer ne pas avoir oublié le papier toilette ! Heureusement que le voyage ne dure que 2 jours et une nuit pour nous.

Le bateau quitte le quai et 5 minutes plus tard une tête connue apparaît toute essoufflée sur le pont : Barbaros, le turc rencontré sur le bateau précédent !
Et il a fait très fort ! Après quelques péripéties, il est arrivé sur le quai au moment où le bateau levait l’ancre. Il a du monter dans une petite barque à moteur qui, à toutes vitesses, l’a amené le long du bateau pour lui permettre ensuite d’y sauter, lui et son sac. James Bond quoi.
Il réussit à installer son hamac à côté de nous. Lui aussi va s’arrêter à Santarem pour aller profiter des plages qui bordent l’Amazone.

Après une nuit à dormir sous des araignées assez douteuses, on arrive le lendemain en fin de journée à Santarem.
Et on est pas mécontente d’arrêter de voyager en bateau ! Le paysage est magnifique certes, mais il faut dire qu’après plus de 10 jours passés sur l’Amazone depuis le Pérou, on commence à manquer de distractions.

On quitte Barbaros sur le port et nous nous mettons à la recherche d’un hôtel pour la nuit.
Après une bonne heure à écumer le centre ville, à comparer les prix des hôtels, on se décide pour un, tenu par une famille. Après avoir mangé nos fameuses pates/ketchup devant une télénovelas, on rejoint bien vite nos lits.

Au petit matin, on prend un bus pour sortir de la ville et se placer, en plein soleil, le long de la route quittant Santarem.
Après deux heures à attendre, on commence à désespérer quand un 4×4 s’arrête devant nous. Lindomar, un papa ingénieur, nous propose de nous emmener jusqu’à Ruropolis. Malgré notre très faible niveau de portugais, on arrive à papoter pendant qu’il fonce sur une route bitumée parsemée d’énormes trous. Pendant le trajet, il insiste pour nous acheter un billet sur 2 pour rejoindre, depuis Ruropolis, Maraba (800km). On lui dit qu’on préfèrerait continuer le stop mais, lui insistant, on s’accorde à se renseigner sur les prix dans la gare routière de Ruropolis.

Une fois là-bas, on cède !
Et après l’avoir remercié, Lindomar nous laisse à la gare routière où nous attendrons notre bus partant le soir.

Vers 20h, un mini-bus se gare sur le parking de la gare routière. Une masse de gens se précipite, avec bagages, sur celui-ci. Et après quelques regards sur le volume du bus, on comprend bien vite que ni tout le monde, ni tous les bagages ne pourront tenir là-dedans ! Ca n’a pas l’air d’être de l’avis du chauffeur qui s’attaque à faire rentrer les valises et sacs dans le tout petit coffre. On va s’assoir à nos places une fois assurées que nos sacs sont bien embarqués et pas laissés sur le quai. Quelques minutes plus tard, l’allée du bus est remplie de gens, de sacs et de cartons. Ca crie, ça râle et nous on ne comprend rien du tout. Le chauffeur fait sortir les gens debout, puis les fait re-rentrer avant qu’il ne se décide enfin à partir.
On tâche de s’endormir malgré les coups de sacs et les arrêts du bus.
Le car se vide petit à petit, et le lendemain, nous ne sommes plus qu’une dizaine à débarquer à Maraba.

Il est déjà 16h et il nous reste deux heures pour trouver un véhicule avant qu’il ne fasse nuit.
Un camion s’arrête et nous propose de nous avancer d’une centaine de kilomètres.
Après une petite heure à rigoler avec le conducteur, celui-ci nous demande si on voudrait essayer de conduire le camion !
Fanny se lance au volant, pétillante de bonheur. Après les baleines, voilà qu’elle réalise un autre de ses rêves : conduire un gros camion. Le conducteur (dont le nom a été oublié) n’est pas stressé le moins du monde et mime pour nous apprendre à passer les vitesses, accélérer, freiner, …
Après Fanny, Clémence prend le volant pendant quelques kilomètres.
On ne dépassera pas les 50km/h mais l’expérience aura été incroyable !

Après avoir dîné, le camionneur nous dépose dans un hôtel sur notre route pour Salvador. Lui, doit continuer son trajet dans une autre direction.

Au matin du troisième jour de stop, un mini-bus nous amène jusqu’à une sortie de village où l’absence de trafic se fait vite ressentir. Une voiture passe devant nous sans s’arrêter. Puis repasse en sens inverse et finalement s’arrête devant nous. Dedans, se trouve un couple et le père du conducteur. La femme est hallucinée et rigole en nous disant : « Quand j’ai vu que vous n’étiez pas d’ici, au milieu de rien du tout, je leur ai demandé de faire demi-tour ! Vous êtes folles de faire ça ! ». Ils sont tous les trois intrigués et nous posent plein de questions en anglais/portugais. Le couple vient de Vitoria (sur la côte est entre Salvador et Rio de Janeiro) et nous propose de venir passer quelques jours chez eux après Salvador. On accepte volontiers !
On continue de parler quand une vieille voiture nous dépasse. Le père se lance alors dans une course poursuite avec cette voiture : dedans se trouve un ami à lui qui pourra nous avancer sur notre route !
Après appels de phares, klaxon et un magnifique arrêt devant sa voiture, un petit papi en sort et, après explications, nous fait grimper dans sa voiture. On dit merci et à bientôt au couple et au papa.
Le papi nous amène chez lui à Tocantinopolis et nous indique que, pour continuer, nous allons devoir prendre un bateau pour traverser un fleuve. Sa fille nous emmène au port et nous grimpons dans un grand bac pour rejoindre l’autre côté de la rive.

Un jeune homme nous dépose en sortie de ville et après avoir acheté des bouteilles d’eau (c’est qu’il fait chaud ici) on se met en position le long de la voie rapide.
Un pick-up avec une remorque remplie de motos s’arrête. Trois jeunes tout sourire nous proposent de nous avancer jusqu’à Carolina : ils sont en route pour un complexe touristique pour faire de la moto et profiter des sources d’eaux chaudes. On passe une bonne heure à rigoler avec eux et à essayer de se faire comprendre.
Arrivés devant leur complexe, ils sont embêtés de nous laisser là et se mettent à arrêter les voitures pour nous trouver notre prochain véhicule. Grâce à leur aide, on monte dans une voiture avec un papa et son garçon.
Avec une vitesse moyenne de 150km/h (apparement les routes brésiliennes ne sont pas trop contrôlées) ils nous déposent à Balsas (prononcer « Baosach »). Ici, un jeune homme à la voiture bien chargée nous avance jusqu’à une station service.

Pour le dernier stop de la journée, ce sera une maman et sa fille qui nous prendrons. Après l’avoir rassurée que nous ne sommes pas des folles à lier (quoi que…) et qu’elle peut nous faire confiance, elle nous emmènera jusqu’à notre lieu pour la nuit : un petit hameau de bord de route.

Pas de chance pour nous, nous n’avons plus assez de liquide pour payer l’auberge. Et ici il n’y a pas de distributeurs…

La vieille dame de l’hôtel nous amène jusqu’à la pharmacie qui permet aux habitants d’avoir du liquide en payant par carte, moyennant un petit interêt. Mais nos cartes ne semblent pas marcher avec son terminal. Après une demie-heure à essayer toutes les combinaisons possibles, la jeune pharmacienne se met à crier un grand « YES ! ». Ca marche ! Elle n’avait en fait pas choisi la bonne option sur le terminal : au Brésil, les gens peuvent décider de payer leurs achats tout de suite (débit) ou d’échelonner (crédit).

Le lendemain, c’est un camion transportant de l’eau de coco qui nous avance jusqu’aux abords de la ville de Petrolina. Dans une station service, on se fait conseiller par les jeunes s’occupant de remplir les voitures d’essence pour trouver un hôtel.

Pour le cinquième jour de stop, il nous faut sortir de Petrolina. On se met à marcher le long de la voie rapide pour trouver un endroit pour faire du stop. Malheureusement pour nous, il y a des glissières de sécurité partout et les voitures vont trop vite. Notre petite marche commence à prendre des allures de randonnée citadine quand on trouve enfin un bas-coté pour nous installer. C’est parfait en plus : nous sommes en plein dans les bouchons du matin et les voitures passent tout doucement devant nous. Un pick-up s’arrête et nous grimpons sur la plate-forme arrière entre des sacs de salades et de choux.

Quelques minutes plus tard nous sommes déposées dans une autre station service.

Cette fois-ci c’est un conducteur de pelleteuse qui nous prend pour quelques kilomètres. S’en suivra un petit monsieur bavard dans une petite voiture, un représentant de médicament timide puis Louis.

Louis est fan de la France, de macarons et de Céline Dion. Son plus grand rêve est d’épouser une française et de venir vivre en France ! Il est très blagueur et on passera un super moment avec lui.

Après avoir proposé à Clémence de l’épouser, il nous dépose dans Salvador.

Après 5 jours et 4 nuits, nous sommes enfin arrivées !

Enfin, pas tout à fait. Il faut maintenant rejoindre notre couchsurfer et, après avoir demandé plusieurs fois notre chemin, ce n’est que 2 heures plus tard que nous arrivons enfin chez lui !

Jacson a 30 ans et travaille dans une compagnie pétrolière. Il a un rythme de travail très particulier : il change de plage horaire tous les 2 jours, et aujourd’hui il travaille de nuit. Entre son travail et la fatigue engendrée, il n’aura pas beaucoup de temps pour nous faire visiter sa ville. Il habite dans un condominium : un immeuble qui propose à ses résidents des services comme une salle de gym, une salle de travail, une salle de jeux pour les enfants et… une immense piscine dont nous profiterons.

On restera 4 jours à Salvador de Bahia.
Deux jours de soleil et deux jours de pluie. Et, pas de chance pour nous, nous ne verrons pas les magnifiques plages des environs à cause de cette pluie qui s’abattra sur la ville à chaque fois que nous sortirons munies de nos maillots de bains, tongs et crème solaire.
Mais nous profiterons tout de même du charmant centre historique de Salvador. Malgré la quantité de touristes, on apprécie les maisons portugaises colorées, les vendeurs d’eau de coco, les petites places aux vieilles églises et les acarajés ! L’acarajé est un plat typique de Salvador. C’est une pâte frite remplie de crevettes, de petits légumes et d’une très étrange sauce épicée un peu gluante. Un délice !

On se rend également à la fameuse église Senhor Do Bonfim où la tradition est de nouer sur le portail d’entrée des petits rubans de couleur tout en faisant un souhait. On ne déroge pas à la règle et on rajoute au mur de rubans notre contribution et nos voeux.

Le samedi matin 6 août, nous quittons Salvador pour le sud.

Ne perdons pas le nord, mais suivons la flèche !

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