Jour 273 – Les 3 frontières

Après avoir débarqué d’une petite barque sur le port colombien de Leticia, nous nous mettons à la recherche d’une auberge.
Nous comptons passer seulement une nuit avant de prendre un autre bateau pour Manaus.
Mais c’est que la journée est particulièrement chaude, et avec l’humidité bien connue de la jungle on se fatigue tous très vite. On arrive trempés dans une petite auberge où l’on nous indique qu’il n’y a plus que 5 lits de libre… et nous sommes 9 ! Qu’à cela ne tienne : le groupe des 4 jeunes belges est prêt à dormir en hamacs pour que nous restions tous ensemble et le patron accepte !

Après une douche et l’enfilage d’une tenue plus appropriée que le pyjama que nous portons depuis le réveil en catastrophe du matin, nous nous mettons en route avec Javier pour aller chercher des renseignements pour les bateaux allant à Manaus. Et pour cela, il faut que nous allions au Brésil.
En fait la ville de Leticia se trouve à la frontière avec le Pérou et le Brésil. « Aller au Brésil » ici signifie juste passer dans la ville d’à côté, Tabatinga. Motivés, on se met donc en route sous le soleil pour trouver des agences. Mais les distances sont un peu plus longues que prévu et les gens nous donnent des informations contradictoires sur le lieu des agences. On s’épuise donc bien vite avec la chaleur, et la marche relève bientôt plus de l’épreuve physique que de la balade. Arrivés enfin aux agences, on nous apprend que les prochains bateaux sont le lendemain matin ou dans 4 jours.
On se décide pour rester 4 jours à Leticia, histoire de profiter un tout petit peu de la Colombie dont on nous vend les merveilles depuis 8 mois.
D’autant plus qu’en ce moment il y a un festival dans la ville célébrant l’amitié entre les 3 pays frontaliers : Pérou, Colombie et Brésil. Chaque soir un pays est à l’honneur.
Aujourd’hui c’est la soirée d’ouverture et les 3 nations seront représentées.

On retrouve tout le monde à l’auberge puis nous allons à la place principale de la ville sur laquelle a été dressée une scène et devant laquelle s’attroupent des familles.
Pendant deux heures, nous assistons aux discours officiels des représentants et à des danses traditionnelles de chaque pays. L’ambiance est sympa et on en profite pour gouter un plat traditionnel de Colombie : l’arepa, un pain de maïs avec du formage très salé dessus. Un délice !

La soirée continue dans une autre rue.
Ici c’est réservé aux majeurs. Fini l’ambiance kermesse, place à la danse et à la musique festive ! A notre tour de nous trémousser sur des rythmes de cumbia et de samba !

Le lendemain, nous nous rendons en dehors de la ville avec Javier, Juan et Allie. Après un bus, nous marchons une petite demie heure jusqu’à une rivière. Ici, des gens se baignent dans le coude de la rivière. Le lieu est magique : des immenses arbres surplombent le cour d’eau. D’ailleurs, des jeunes s’amusent à grimper dans les branches puis à sauter depuis là-haut dans l’eau. Jolis plongeons.
La baignade est très agréable. On se croirait dans Pocahontas.

L’arrivée des moustiques nous fait quitter ce petit coin de paradis. Sur la route, on s’achète des glaces à l’aguaje (palmier-bâche).

A l’auberge, nous faisons la rencontre de Johannes, un très grand allemand, et de Priya… une fidjienne ! La jeune femme est adorable et la conversation est vite entamée. C’est la première fois qu’on rencontre une personne venant des Iles Fidji et très vite on l’assaille de questions sur son pays, de sa décision (très originale pour chez elle) de vouloir voyager… Priya est habituée à être beaucoup questionnée et ne s’en offusque pas le moins du monde. Elle est même ravie de nous parler de son île et de son choix de vie.
Sans suit, une nuit de conversations avec tout ce petit groupe. Nous confrontons nos points de vue sur la vie de voyageur entre jeunes (22 ans) et vieux (32 ans).
En effet, Johannes, Priya et Javier (qui font partie du clan des vieux) vivent tous depuis 10 ans une vie de voyage en continu. Il nous font part de leur sagesse, nous préviennent que cette vie nomade, à l’encontre de la vie « normale » en société, est quelque chose dont on prend vite goût : les rencontres, les paysages, les cultures… Plus tu voyages et plus tu auras envie de voyager. Mais ce genre de vie a parfois ses limites : pas de stabilité, pas de « chez soi », le risque de prendre ses distances avec ses amis qui font eux leur vie au pays. Enfin bref, la vie…
Nous échangeons nos opinions avant de nous donner rendez-vous dans dix ans pour voir si nos vies ont évolué comme nous l’imaginions.

Le mardi, c’est déjà le jour de notre départ. Et c’est aussi le jour de la fête nationale colombienne.
Les rues sont remplies de fanfares et de processions des écoles de la ville. Pas facile d’avancer avec notre touc-touc dans toute cette folie !

Enfin. Après avoir fait marqué nos passeports du tampon d’entrée au Brésil nous arrivons à l’heure au port pour notre bateau.
Les petites habitudes du voyage en bateau se remettent en place : installation du hamac et de la moustiquaire, disposition des sacs à côté de nous… Un jeune homme nous demande s’il peut se mettre à côté de nous : il voyage tout seul et préfère rester avec d’autres touristes. Il s’appelle Barbaros (soit Barbe-Rousse) et est turc ! A quelques jours après le putsch raté dans son pays, celui-ci est très bavard sur la vie en Turquie et Fanny se fait un plaisir de poser tout plein de questions.

Les 3 jours et 3 nuits de bateau passent bien vite en parlant et en ayant le ventre bien plein ! Les repas servis ici sont, en effet, bien meilleurs que ceux des précédents bateaux !

Le vendredi matin, on nous annonce que Manaus est en vue.
On quitte l’Amazone pour remonter quelques kilomètres du Rio Negro. Il porte bien son nom d’ailleurs : ces eaux sont noires et ne se mélangent pas à celles de l’Amazone, créant ainsi une drôle démarcation dans le fleuve en aval.

Manaus est une ville énorme et nous arrivons dans un port où tout n’est que fourmillement et agitation. On quitte Barbaros pour aller à la recherche d’un endroit avec internet. Nous devons regarder si nous avons eu des réponses pour du couchsurfing. Nous voilà à aller demander à des gens où se trouve un endroit avec internet. Mais personne ne semble nous comprendre ! Et même quand nous demandons « Mc Donald » (un endroit où on est sûre de trouver de la WiFi) on nous regarde avec des yeux tout étonnés.
Ca ne va pas être facile de se faire comprendre au Brésil…
On finit tout de même par trouver un restaurant avec WiFi et une bonne nouvelle nous attend : un couchsurfer a répondu à notre demande !

Après un bus qui nous fait sortir du centre ville, une gentille dame nous accompagne jusqu’à la porte de notre couchsurfer. Elle a eu pitié de nous quand nous avons tenté de lui demander si elle connaissait l’adresse où nous allions.
On frappe à la porte et des grognements nous répondent. Un Igor tout fatigué nous ouvre la porte : il a travaillé tard et faisait une sieste.
Igor est agent de la circulation à Manaus. Et pendant les JO, il s’occupera de la sécurité lors des déplacements de l’équipe de football japonaise (certains matchs de foot ont lieu en dehors de Rio). Cela fait donc plusieurs jours déjà qu’il répète pour l’évènement.
Malgré sa fatigué, Igor est adorable et très blagueur !

Le lendemain on va se balader dans le centre de Manaus : marché couvert, maisons portugaises, port au bateaux bleus, et théâtre Amazonas. On retourne d’ailleurs le soir même dans cet immense théâtre rose. Un concert de musiques brésiliennes a lieu. On a bien envie de se lever de nos sièges pour aller danser avec les musiciens mais ça n’a pas l’air d’être trop le lieu.
En sortant de la salle, on retrouve avec surprise Javier, l’espagnol que nous avions laissé à Leticia !
Le monde est petit…

Puis déjà il faut quitter Manaus.
La suite de notre périple au Brésil nous attend : nous voulons rejoindre Salvador de Bahia, sur la côte Atlantique, à plus de 4000km de Manaus.

Ne perdons pas le nord, mais suivons la flèche !

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