Jour 262 – Le chemin que nous traçons

Je crois qu’avant de partir pour l’Amérique du Sud, nous avions largement sous-estimé le temps que nous passerions dans les trajets.

Comme à chaque fois pendant cette année, notre notion des distances nous a encore une fois bien surpris. Mais après avoir passé 5 jours en stop pour rejoindre Ushuaia depuis Rosario en Argentine, nous avions commencé à réaliser que, sur 10 mois de voyage, nous passerions sans doute au moins un bon mois et demi dans des voitures, cars, camions, bateaux…

Et justement, en parlant de bateaux, nous en avons passé du temps à naviguer sur les eaux pendant ces dernières semaines.
Et pas n’importe où.
Sur l’Amazone.

Nous quittons Quito en prenant un car de nuit qui doit nous emmener dans le sud de l’Equateur. Nous enchaînons ensuite avec autre bus pour aller encore plus au sud, un camion/bus bleu pour la frontière Equateur/Pérou, un taxi, un tuc-tuc, puis nous passons une nuit dans la poussière d’une station de bus au milieu de nulle part.

A 6h du matin, nous grimpons dans un bus. Nous attendons toute une journée dans la station de bus de Jaén (Pérou), le temps de voir la France battre l’Allemagne pendant l’Euro avant de reprendre un bus de nuit et un autre taxi pour Yurimaguas.

(Ca suit toujours ?)

Notre plan est de rejoindre Manaus en plein coeur de l’Amazonie Brésilienne. Pour ceci, nous devons impérativement retourner au Pérou pour prendre un bateau (Manaus n’étant pas accessible par la route). Nous avons fait des recherches sur internet pour savoir comment s’y prendre et il faut dire que c’est pas très clair. Nous allons donc découvrir au jour le jour quelles seront nos étapes de voyage.

Nous rejoignons donc Yurimaguas en Amazonie Péruvienne après 3 jours de voyage.
Nous avons décidé d’y rester une nuit, histoire de récupérer du sommeil et de prendre une douche. Nous arrivons au petit matin et il fait très humide et très chaud. Le moindre mouvement nous fait transpirer et les moustiques sont partout. Cela fait déjà 3 jours que nous prenons notre traitement contre le Palu (Doxypalu). C’est un médicament préventif qu’il faut prendre chaque jour pendant l’exposition dans des zones à risques et pendant un mois après. L’inconvénient de ce médicament c’est qu’il nous rend photosensible. Ce n’est pas comme si nous étions déjà assez sensible au soleil : tous les jours nous vidons un pot de crème solaire sur nous.
Enfin bref.

Nous rejoignons la maison de notre couchsurfeur : Fernando. Il nous accueille dans sa grande maison mais nous annonce que nous ne dormirons pas ici. En fait, il reçoit deux autres couchsurfeuses mais nous confie à ses amies : Irma et Carmen. Elles nous montrent une magnifique petite maison toute équipée qui sera entièrement nôtre pour la nuit à venir. Irma, la trentaine, habite juste en face avec sa famille. Nous profitons de leur départ pour prendre une douche et faire une lessive mais voilà qu’on frappe à la porte. C’est Irma qui nous apporte de la nourriture chaude et une carafe de jus frais. Apparemment c’est de la part de son adorable grand-mère. Nous sommes aux anges.

Dans l’après-midi, Fernando revient avec Irma, Carmen et Osmar. Ils ont prévu une excursion dans le fleuve qui se trouve pas loin de la ville (un affluent de l’Amazone). Nous voulons y aller en moto car ici il n’y a pas de voitures, tout le monde se déplace en moto ou tuc-tuc. Mais il n’y a que deux conducteurs et trois motos. Fernando nous propose d’en conduire une mais aucune de nous deux ne sait conduire cet engin et conduire à trois sur une moto est « défendu » même si, apparemment, dans la ville tout le monde à l’air de le faire quand même. Nous prenons donc toutes les deux un tuc-tuc pour rejoindre la rivière à environ une heure de route. La route est pleine de terre et glissante à cause des pluies des derniers jours. Nous sommes plus rapides que les motos qui évitent tant bien que mal de ne pas glisser.

Nous arrivons dans une petite clairière où des jeunes jouent au foot tandis que d’autres se baignent. Nous trouvons une barque retournée face contre terre qui nous sert de banc. Le soleil commence à se coucher sur l’eau et nous trinquons à notre rencontre avant d’aller nous baigner. Le courant est très fort et nous entraine quand nous essayons de nager. Nous faisons la course à contre-courant avant de sortir de l’eau à bout de souffle.

Pour le retour, nous avons la mauvaise surprise de voir qu’il n’y a plus de tuc-tuc. Pas grave : nous embarquons à trois sur une moto. Fanny se retrouve entre Fernando et Irma tandis que Clémence est entre Osmar et Carmen. Nous commençons notre périple retour quand la moto de tête, où se trouve Fanny, dérape et tombe. Rien de cassé, enfin pour les personnes en tous cas car une partie du pare choc de la moto est détaché. Ou serait-ce autre chose ? Fanny emporte la pièce de plastique avec elle et nous repartons. Nous roulons sur cette route de terre en observant le ciel étoilé magnifique qui se dévoile au-dessus de nos têtes.

Le soir, nous allons manger avec Fernando, Irma et les deux couchsurfeurses qui viennent d’arriver : Mira (autrichienne) et Rosie (australienne), avant d’aller boire un verre pour nos adieux.

Le lendemain, nous embarquons sur le bateau direction Iquitos à trois jours de Yurimaguas. Nous achetons des hamacs sur le marché et une bouteille de 7 litres d’eau pour tenir la route. Le bateau contient marchandises et passagers. Pendant que nous installons nos affaires, nous pouvons observer en contrebas le bateau se remplir de nombreuses caisses de marchandises. C’est un peu comme la scène de départ au début de Titanic : un grand n’importe quoi entre les touristes qui s’installent au deuxième étage tandis que les locaux se mettent au premier et les marchandises là où il y a de la place.

Nous sommes censées partir ce jour même mais les heures passent et le bateau ne bouge pas. Le soleil se couche quand nous apprenons que le bateau ne partira que le lendemain pour attendre plus de passagers et plus de marchandises. Sur le bateau, nous sommes avec Mira et Rosie ainsi que de nombreux autres voyageurs avec qui nous faisons connaissance au fur et à mesure. Nous dormons sur un grand pont couvert ou chacun installe son hamac où ça lui chante. Les repas sont pris en charge dans le prix du billet, il faut juste venir équipé de sa propre vaisselle. Pour nous un grand bol fera l’affaire. En revanche, la nourriture reste assez basique : porridge au petit-déjeuner, riz/poulet le midi et soupe le soir. Nous faisons tous la queue pour la cantine quand la cloche sonne à 6h, 11h et 17h.

Le bateau lève donc l’ancre le lendemain matin. A 10h.
Quand tu passes trois jours sur un bateau, les passe-temps restent un peu les mêmes : dormir, manger, lire, dessiner, papoter, écouter de la musique, tenter d’apercevoir des jaguars sur les rives (en vain), faire des sudokus et jeux de cartes en tous genres.

C’est comme ça que nous avons rythmé nos journées tout en appréciant chaque soir le spectacle du coucher du soleil dont les couleurs rouges vives s’écrasent sur l’eau. Parfois nous avons aussi droit à un petit spectacle de voyageurs qui ont amené avec eux leurs instruments de musique.

Trois jours plus tard, nous arrivons à Iquitos, toujours au Pérou. D’ici, nous espérons trouver un bateau allant directement à Manaus. Nous rencontrons Javier, un espagnol qui souhaite aussi se rendre à Manaus. Nous prenons ensemble un bateau-taxi pour nous rendre sur le port et chercher des informations tout en disant en revoir à nos compagnons de route. Malheureusement, quand nous arrivons nous apprenons que nous devons d’abord nous rendre à Leticia, en Colombie, pour prendre un autre bateau pour Manaus. Javier décide de rester une nuit à Iquitos tandis que nous allons prendre un bateau quelques heures plus tard. Quand nous arrivons au bateau, il y a un monde fou. Nous demandons le prix du billet et bizarrement il a monté de 20 pesos (Ca arrive souvent qu’on nous prenne pour des pigeons parce qu’on est blanc. Il faut simplement leur montrer que tu n’es pas dupe et faire jouer la concurrence pour qu’ils arrêtent de t’arnaquer). Enfin, de toutes façons, il n’y a plus un centimètre carré pour poser notre hamac. Il va falloir attendre le lendemain. Nous rejoignons donc l’hôtel de Javier. Clémence qui a attrapé la crève malgré l’humidité et la chaleur part se coucher directement.

Le lendemain, nous arrivons en avance pour réserver nos emplacements et négocier un bon prix. Nous apprenons que le bateau de la veille était plein car en ce moment il y a un festival de musique qui vient de commencer à Leticia. Nous embarquons pour 3 jours de voyage qui ressemblent étrangement à ce que nous avons vécu dans le bateau d’avant. Il y a cependant beaucoup moins de touristes.
Les journées sont ponctuées d’arrêts dans des petits hameaux situés au beau milieu de la jungle.

Nous sommes réveillées le troisième jour à l’aube pour sortir du bateau. Nous remballons en vitesse nos sacs, toujours en pyjamas, pour prendre un bateau-taxi direction la douane péruvienne. Nous sommes accompagnées de Javier, Allie (une américaine), Juan (un colombien) et de quatre belges. Après la douane péruvienne, nous pouvons enfin prendre un autre bateau-taxi direction l’autre rive : à Leticia. En Colombie.

Ne perdons pas le nord, mais suivons la flèche !

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