Jour 228 – Drôles d’oiseaux

Nous partons le soir même pour Tena en Amazonie Equatorienne.

Adela nous a parlé d’un hôtel écologique en pleine jungle dans lequel elle possède plusieurs nuits gratuites dues à l’annulation d’amis français (merci à la famille Pagnoux !). Elle nous propose de nous offrir à chacun d’entre nous une nuit dans ce complexe, tout compris. Nous acceptons volontiers et décidons de dormir avant une nuit à Tena, la ville la plus proche, afin de profiter au maximum des nombreuses activités que propose l’hôtel le lendemain.

Adela nous dépose à la gare routière et nous voilà partis pour l’Amazonie. Le voyage dure 4 heures, les chemins sont sinueux et ici les chauffeurs roulent vite même de nuit avec de la brume. Pour nous, rien de plus normal. En revanche, les garçons ont vite mal au coeur et ne profitent pas autant du voyage. Surtout Théo qui est souvent malade en voiture et qui prend toujours la place avant des véhicules dans lesquelles nous voyageons.

Nous arrivons de nuit à Tena, dès la sortie du bus, nous sentons l’humidité et la chaleur qui contrastent avec le froid que nous avons eu la veille. Nous nous servons du Routard pour trouver une auberge pas chère où se trouvent déjà beaucoup de français. Des hamacs sont accrochés à tous les étages et nous avons droit à deux ventilateurs dans la chambre pour sauver notre nuit.

Après avoir enfilé pantalons longs et tee-shirts à manches longues ainsi que s’être aspergé de produit pour éviter les nombreux moustiques qui rôdent dans le coin, nous partons en quête de nourriture. Il est déjà tard et beaucoup de magasins sont fermés. Après avoir fait nos emplettes, les garçons retournent à l’auberge alors que Fanny et Clémence se lancent à la quête d’une attelle pour la cheville de la blessée. Pharmacie après pharmacie, hôpital… Apparement, ici obtenir des médicaments est plus que difficile, les « pharmacies » sont en fait plus des para-pharmacies.
Nous rentrons en vain nous coucher.

Le lendemain, nous nous levons à l’aube pour prendre le premier bus qui va à Puerto Misahuallí . Là-bas, Carlos, le patron de l’hôtel, doit venir nous récupérer pour nous amener au Lodge qui se trouve un peu plus loin en dehors du village.

Nous arrivons dans le petit village de Puerto Misahuallí  et faisons la connaissance de Carlos qui est arrivé quelques minutes après nous dans son gros 4×4 rouge. Il est souriant et très chaleureux. Il nous propose avant de rejoindre l’hôtel d’aller voir les singes sur la plage au bord du fleuve. Nous atterrissons sur une plage/port où se trouve une vingtaine de pirogues fines, longues et très colorées. Le fleuve est marron à cause de la terre qu’il engloutit avec le courant et des pluies de la veille. En revanche, pas de singes aujourd’hui. Ils sont introuvables.

Nous arrivons une demie-heure plus tard devant une cour d’école. Carlos nous présente les guides qui nous accompagneront tout au long de notre séjour : Enrique et Luis. Alors que Carlos va faire des courses pour notre déjeuner, tous les quatre suivons nos guides qui vont nous faire visiter l’école de la communauté.

Nous passons devant les salles de classes tandis que les enfants curieux glissent leurs têtes à travers les fenêtres pour nous observer. Une maîtresse nous invite à entrer dans une des classes et nous présente le programme puis elle invite ses élèves à nous chanter une chanson en Quechua : la deuxième langue enseignée ici. Au début, nous sommes très mal à l’aise. Cela fait un peu « colonialiste » de se présenter comme ça mais apparement eux ont l’habitude. Puis, les guides nous organisent une entrevue avec le directeur à qui nous pouvons poser toutes nos questions.

C’est ensuite le tour du centre médical qui se trouve derrière l’école. Nous rencontrons le médecin et les infirmiers et commence ici aussi une entrevue. Nous apprenons alors que dans cette région il n’existe pas de cas de Paludisme ou de Zika. Ils nous expliquent aussi qu’il est parfois difficile de soigner les habitants des différents villages, surtout quand il s’agit de les emmener à l’hôpital, car de nombreuses tribus ne conçoivent pas de guérir loin de leurs terres. Ils nous montrent aussi leur pharmacie à domicile. C’est en effet dans un jardin juste à coté que poussent toutes les plantes médicinales utilisées pour guérir la population.

Après près de deux heures de visite, il est temps pour nous de nous rendre dans nos quartiers. Nous marchons jusqu’à l’hôtel où nous retrouvons Carlos et nos bagages. Nous dormirons dans la case en bois nommée Carla. Nous avons l’heureuse surprise de découvrir que le lodge possède d’innombrables hamacs pour pouvoir se reposer et les jardins qui nous entourent sont magnifiques. Nous sommes dans une petite jungle apprivoisée.

Luis nous présente ensuite Mémo : un petit singe qui vit dans une réserve créée par l’hôtel. Ce petit bout de chou est tenu en laisse pour éviter qu’il ne s’échappe et soit chassé par des braconniers. Il est très curieux et bouge beaucoup. Nous essayons chacun de le tenir pour faire connaissance avec lui. Il nous accompagne plus tard pour aller nourrir les perroquets en liberté sur le site. Ces petites bêtes raffolent de gâteaux dis donc.

On nous appelle pour le repas. Nous arrivons dans la cafétéria où se trouvent une vingtaine de tables mais seulement quatre couverts pour nous. C’est là que nous réalisons que nous sommes les seuls clients sur le site. Nous avons droit à un service impeccable : entrée, plat, dessert servis avec du jus de fruit fraichement pressé. Nous sommes servis comme de vrais rois !

A la fin du repas, Carlos nous rejoint pour parler des activités au programme.
Nous allons faire une petite sieste dans les hamacs alors que les guides se préparent pour la sortie pêche de l’après-midi. On nous apporte des bottes à chacun et c’est parti !
Nous nous engouffrons dans la jungle alentour pour aller trouver un petit lac en pleine forêt. Enrique nous donne à tous une canne à pêche faite en bois et nous laisse nous placer. Guillaume attrape bien vite son premier poisson puis vient Fanny qui assome le sien en tentant de le sortir de l’eau. Théo et Clémence attendent sagement un mouvement du fil de pêche. Nous restons là deux heures avant de remporter notre butin au camp où il sera cuisiné puis mangé.

Après ça, c’est initiation à l’art de la sarbacane. Enrique nous apporte une tige de deux mètres, bien plus lourde qu’elle n’y paraît, et nous explique les dessous d’un lancer bien réussi.
Au bout de quelques tirs, tout le monde commence à prendre la main et nous essayons alors de corser le jeu en jouant avec la distance de la cible : une fleur d’Amazonie résistante comme du béton.

On nous explique ensuite comment sont fabriqués les bracelets en fibres vendus partout. Tous les composants (même les colorants) se trouvent dans la nature. La fibre est en fait extraite d’une très longue feuille qui est limée et dont est conservé les précieux fils de fibre qui seront ensuite tressés. Un fil au dessus, un fil en dessous, une perle, un fil en dessous, un fil au dessus. Pas facile comme travail ! Il faut être patient.

Le soir après un bon dîner, nous nous installons dans les hamacs près du feu en écoutant les guides jouer des airs de guitares et chantant en Quechua des histoires locales.
Enrique arrive avec un remède pour la cheville de Fanny : des feuilles d’une plante du coin qu’il a fait bouillir et qu’il applique sur sa cheville.
Au matin, celle-ci a complètement dégonflé !

Nous nous réveillons tôt pour prendre un petit-déjeuner gourmand et nous préparer à un trek à travers la jungle. Enrique veut nous expliquer les différentes plantes médicinales qui se trouvent à porter de main : un savoir qu’il a lui-même obtenu de son père de génération en génération. Avant de partir, il nous déguise comme le faisaient les indigènes à l’époque à l’aide de peinture florale et de feuilles d’arbres. Nous ressemblons à des oiseaux à becs longs comme ça mais nous nous amusons comme des enfants de 10 ans.

Nous parcourons la forêt tout en recevant des explications sur toutes les plantes qui se trouvent ici : celle-ci aide pour la fièvre et celle-là permet d’absorber le venin de serpent. Nous croisons des arbres géants qui nous surplombent. La végétation est tellement verdoyante ! Nous sommes entourés de fleurs extraordinaires et de plantes à l’allure des plus étranges.

En un instant, voilà qu’Enrique se trouve la tête baissée, collé à un de ces arbres. Il nous explique après que méditer près de cet arbre géant permet de reprendre des forces. En un rien de temps, nous voilà tous en train d’essayer de récupérer de l’énergie en nous postant au creux de l’arbre. Ces arbres servent aussi d’appel à l’aide lorsque tu te perds. Il suffit de prendre une branche d’arbre et de cogner très fort sur un endroit précis du tronc, un son résonne alors à plusieurs kilomètres à la ronde. C’est un peu la technique du « Marco Polo » : tu frappes jusqu’à ce que quelqu’un te localise.

Puis loin, nous atteignons une magnifique cascade juste avant qu’Enrique se mette à prendre une énorme liane et commence à se balancer. Nous sommes émerveillés devant ce jeu et chacun fait la queue pour avoir la chance de se balancer tels Tarzan et Jane. Ces quelques minutes de récréation mettent fin à cet enchanteur trek.

Après le repas, nous décidons d’embarquer sur l’une de ces pirogues pour aller faire une ballade sur le fleuve. Nous avions observé que juste de l’autre côté de la rive où nous nous trouvons, des pirogues arrivaient à toutes vitesses sur le courant, ramenant à leur bord une trentaine d’enfants de l’école.
Pour nous qui sommes touristes, Carlos a réservé notre propre pirogue et ici c’est gilets de sauvetage obligatoires (pas pour les enfants qui reviennent de l’école apparement). Malheureusement, Théo qui se sent malade ne nous accompagnera pas. Nous nous installons à bord et commençons à remonter le courant, notre chauffeur est un petit garçon d’une dizaine d’années.

Sur notre route, nous rencontrons un coq vivant qui est coincé dans l’eau. Enrique décide de l’accueillir à bord (ça peut toujours servir pour le repas du soir), et voilà qu’un poulet effrayé se ballade sur le bateau. Une demi-heure plus tard, alors que nous sommes sur le chemin du retour, le soleil se transforme en une pluie de grosses gouttes comme on en trouve qu’en Amazonie. Installés à l’avant du bateau, nous sommes mouillés très rapidement. Pas de problème : nous nous prenons pour des matelots bravant la tempête.

Nous arrivons donc au camp trempés de la tête au pieds. Pas le temps de se poser, il faut se changer rapidement car Carlos nous propose de nous emmener avec lui à Ambato, notre prochaine destination.

Merci Adela !

Ne perdons pas le nord, mais suivons la flèche !

Join the discussion 2 Comments

  • véro Boury-Couvreur dit :

    super les filles ce passage en Amazonie!!! Je me régale tjrs autant et attend comme chaque fois impatiemment votre prochain godillot! penses à rapporter ces fameuses plantes qui font dégonfler les chevilles hein Fanny? Bisous d’une parisienne d’adoption!

  • Marie Line PAGNOUX dit :

    Merci de nous avoir donné un aperçu de ce que nous avons « loupé » l’an dernier, craignant de rester captifs des lieux en raison des caprices del Nino qui semble peu assagit d’ailleurs. Par contre 150% des mercis reviennent à Adela et Antonio qui nous avaient racheté nos vouchers et vous ont négocié cette escapade avec ce qu’il leur restait.
    Pour les tartans sur les lianes, vous avez eu plus de chance que Bruno qui – il y a plus de 25 ans- s’était pris une grosse branche pourrie droit sur la tête : un peu sonné mais surtout dégoulinant de sang. Comme le guide nous avait bariolé de Roucou également, notre groupe était peu crédible à faire de la barque-stop le long du fleuve. Ça s’est terminé par 4 poigne de suture « à cru », par un copain médecin avec des vagues souvenirs des urgence car mais bifurqué vers la pharmacie, grâce à la trousse de secours obsolète d’une mission de sœurs à proximité de l’auberge-cabane, et moi comme assistante peu vaillante. Au rayon des anecdotes … heureusement qu’il est loin d’être chauve car ce n’était pas de la haute couture ! Donc … vigilance en tout lieux !!!
    Bises Alpines.
    ML & family

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