Jour 215 – Le cheval c’est trop génial !

Après une autre merveilleuse nuit passée dans un bus, nous arrivons au petit matin, pas vraiment réveillées, dans un terminal à Lima.

Ici, nous sommes sensées prendre contact avec notre couchsurfeur pour le retrouver. On se met tranquillement à la recherche de wifi. Les chauffeurs de taxi, nous voyant avec nos visages pâles et nos sacs à dos, se précipitent sur nous pour nous proposer leur service. Après plusieurs « No. Gracias. » on réussit à s’extirper de la masse et à chercher un coin tranquille. Mais apparement, un monsieur semble plus persistant que les autres et nous suit. On ne se laisse pas avoir et on lui tourne effrontément le dos. Le pauvre homme se met alors à nous parler et se présente comme Vittorino, photographe, et … notre couchsurfer ! Celui-ci, n’ayant pas de nos nouvelles faute d’internet, a décidé de venir nous attendre directement au terminal.

Il charge nos sacs dans sa voiture et nous emmène chez lui, en banlieue de Lima.
A peine installées, il nous propose une de ses spécialités : le Pisco Sour. Nous avions déjà pu en goûter au Chili, à Santiago, mais Vittorino nous assure que le Pisco Sour péruvien est totalement différent et bien meilleur. Pour ceux qui ne se souviennent pas, cette boisson est faite à partir de l’alcool de Pisco (une eau de vie de raisins) et de citrons. Si jamais vous tombiez sur une bonne bouteille de Pisco, voici la recette pour 3 verres :

– 4 verres à shooter de Pisco
– 2 verres à shooter de sucre liquide
– 5 mini-citrons verts pressés (soit 1 shooter de jus)
– 1 blanc d’oeuf (oui en effet ça paraît étrange…)
– des glaçons
et mixer le tout dans un blender

Le verre enfilé, Vittorino nous propose d’aller profiter du centre ville au tombé de la nuit.

Et notre guide est parfait : il nous emmène sur la Plaza das Armas, dans l’ancienne Poste, dans ses églises favorites, voir les maisons anciennes aux plus beaux balcons, et nous amène dans ses coins préférés. Il nous montre une petite courette au charme fou, encadrée d’appartements dans lesquels vivent plusieurs dizaines de famille vivant sur cette cour et dépendant d’un seul point d’eau.

Vittorino s’amuse à jouer à être notre photographe et nous met en scène dans chaque lieu à son goût. Personne ne nous avait dit que notre célébrité nous impliquait d’être suivies par des paparazzis maintenant ?
La nuit est tombée et Vittorino nous fait rentrer dans un musée dans lequel sont exposées des photographies d’artistes péruviens. Les photographies en noir et blanc sont marquantes par leur contraste avec la vie de la capitale. Ce sont principalement des portraits de visages marqués par le travail à la campagne, de vieux bâtiments maintenant détruits, d’évènements historiques de la vie du Pérou.

Pour le lendemain, Vittorino nous a prévu tout un programme pour découvrir Lima.
Nous nous rendons dans la banlieue-est de Lima, à Churillos, sur la côte. Il nous fait rentrer dans un petit port. Les pêcheurs rentrent tout juste du travail et les femmes des petits bouig-bouig-restaurants crient leur menu à qui veut l’entendre. Dans cette agitation, les vieux loups de mer reprisent leurs filets ou repeignent la coque de leur chaloupe de bleus ou de verts.

On regarde les énormes vagues s’écraser sur les rochers avant de se diriger vers un point de vue où se côtoient un Christ Rédempteur, la Tombe du Soldat Inconnu et une énorme croix. Avec un temps dégagé on pourrait voir tout Lima mais les nuages sont de sortie et nous empêchent de voir bien loin.

Nous redescendons pour rejoindre Barranca, la nouvelle banlieue bohème. Les grafitis avoisinent les boutiques branchées où tous les « hipsters » se pressent.

Puis nous débarquons dans le quartier de Miraflores.
Miraflores c’est le quartier ultra-chic et moderne de Lima. Avec vue sur l’océan Pacifique. Les immenses buildings s’alignent face au parc-remblais qui longe la plage se trouvant en contre-bas d’un précipice de plusieurs centaines de mètres. Cliniques privées, complexes sportifs, dog-sitters, …
Mais voilà qu’on arrive dans un parc public assez magique : il est rempli de chats. Et quand je dis « rempli », je n’exagère pas !
Les allées sont recouvertes de ces félins et les promeneurs, à qui l’envie viendrait de s’assoir, se retrouvent assaillis de chats voulant se mettre sur leur genoux ! On ne s’attarde pas trop, de peur de se décider à prendre un ou deux chats avec nous.

On rentre à la maison tous les trois bien fatigués.
Vittorino se met aux fourneaux.
Autour d’un repas composé uniquement de patates (délicieuses!), nous parlons avec lui de nos plans pour la suite du voyage.
Comprenant que nous sommes un peu lassées des visites que 153 000 touristes partagent avec nous, il nous propose de l’accompagner dans son voyage jusqu’au mystérieux Huayhuash. Et nous n’hésitons pas bien longtemps : quand il nous annonce que pour rejoindre cet endroit il faut y aller à dos de cheval nous acceptons !

Une nuit en bus et nous arrivons au petit matin à La Union, à 8 heures au nord-est de Lima.
Nous nous engouffrons dans un mini-van tout rouillé pour rejoindre le village de Queropalca. Le chauffeur hisse nos sacs sur le toit où se trouvent déjà des boites en cartons d’où sortent des bruits semblables à ceux émis par les poules, des sacs remplis de pains, des paniers, des sacs colorés.
Six personnes sont déjà présentes dans le bus et on nous installe tous les trois sur des banquettes entre d’autres cartons et une multitudes de sacs. Il y en a d’ailleurs un transparent où l’on distingue ce qui doit être des poulets morts… ils ont eut moins de chance que ceux au-dessus de nos têtes.

Bon. Eh bien on est prêt à partir ! Non ?
Apparement, le chauffeur ne rentabilise pas assez son trajet avec nous 9. Cinq autres personnes montent. Avec des sacs.
On se serre les uns contre les autres. Certains sont même obligés de s’assoir sur des cartons.
Ca y est on démarre ! Heureusement que le trajet ne dure que trois heures !
Mais voilà qu’on s’arrête de nouveau… Et ce n’est pas une, ni deux personnes qui montent mais bien 5 adultes et 3 enfants qui s’entassent dans le bus.
Il faut croire qu’on peut toujours trouver de la place là dedans.
Les gens ont le sourire et ne semblent pas porter d’importance au peu de confort qu’il leur reste pour s’installer. Ils sont rassurés : ils ont eu peur de louper ce mini-bus, le seul de la journée qui dessert les villages entre La Union et Queropalca et permet de les approvisionner.

Nous sommes tellement fatigués que ni les bavardages, ni le CD de musique de flûte péruvienne en boucle, ni les chambardements du véhicule sur la piste en terre ne nous empêchent de dormir.
Le mini-bus se vide petit à petit et nous ne sommes plus que 5 en arrivant à Queropalca.
Le village est le dernier de la route. Après ce ne sont que les montagnes dans lesquelles on ne peut s’aventurer qu’à cheval ou à pieds.
Vittorino nous conduit jusqu’à une auberge qui est en fait le deuxième étage de la maison du gouverneur du village.
On s’écroule dans nos lits.

Vittorino nous réveille pour une petite balade. Il veut nous montrer un pont datant des incas qui se trouve pas loin d’ici.
Accompagnés par le chien du gouverneur (rebaptisé El Capitan), on admire les montagnes qui nous entourent, et les petits ruisseaux que les vaches tentent de traverser.

Au retour, la femme du gouverneur nous sert le repas. Les carnivores espèrent que la viande servie n’est pas issue d’un des animaux qui couinaient dans la cuisine tout à l’heure : des cochons d’Inde qui, ici, se mangent tout aussi bien que le porc ou le poulet !
En tous cas, le repas est délicieux, et la soupe de quinoa bien chaude fait du bien.

Au réveil, quatre chevaux et Jamez, notre guide, nous attendent devant l’auberge.
Jamez selle les chevaux : Fanny montera la vaillante Pikachu et Clem le cheval blanc au nom imprononçable.
Malgré quelques aprioris pour Fanny (qui n’avait pas grimper sur une monture depuis son célèbre « Baptême de Poney ») on oublie vite nos fessiers et on prend le rythme des chevaux.
Clémence, en cavalière émérite, prend les devants de l’expédition.

Nous évoluons dans une vallée dans laquelle s’étendent des champs de pommes de terre et des pâturages à moutons. Nous longeons des fermes isolées et croisons des fermiers et leurs mules, se rendant au village pour vendre leur récolte.
Devant nous, le spectacle que nous a promis Vittorino se laisse apercevoir.
Les chevaux s’engagent dans des sentiers grimpant dans les rochers et traversent des cours d’eau. El Capitan, le chien, nous suit toujours.

Après 3 heures et demie de chevauchée, nous arrivons à la Laguna de Huayhuash.
Depuis une colline, nous surplombons un lac d’altitude bleu azur. Un massif montagneux enneigé le domine et se réfléchit dans le miroir de l’eau.
Vittorino avait raison : c’est absolument magnifique !

On laisse les chevaux aller brouter et on s’assoit aux pieds du lac.

Remis de nos émotions, Clémence décide d’aller gouter l’eau pure et fraîche du lac. A peine rentrée dans l’eau qu’il devient quasi-impossible de respirer, l’eau gelée et l’altitude ne faisant pas bon ménage. Au bout d’une minute elle sera déjà dehors.
Vittorino, Jamez et Fanny se rapprochent de la seule petite masure qui culmine l’étendue d’eau. Sonia, Juan et leur garçon Marco habitent ici. Ils vivent de l’élevage de leurs vaches et des peu de touristes qui passent par ici. Ils leur proposent de la soupe et des plats de truites pêchées dans le lac. On parle de la prochaine route qui va être construite depuis Queropalca jusqu’à ici, pour permettre de développer le tourisme de la région. Même s’ils nous avouent que les affaires seront bien meilleures, ils ne sont pas pressés que les flux de touristes viennent perturber leur petit paradis.
On les comprend.

Déjà Jamez nous annonce qu’il faut repartir pour arriver au village avant la nuit.
Nous faisons nos adieux à notre cher photographe. Vittorino va passer la nuit à Huayhuash dans la famille car il veut faire des photos du lever de soleil.
On le remercie grandement de nous avoir permis de l’accompagner et de nous avoir fait partager cette merveille de Huayhuash.

Un dernier regard sur la cordillère et son reflet et nous repartons.

Le retour est tout aussi magnifique avec la lumière du soleil qui décline.

Mais voilà que la monture de Fanny ne supporte plus d’être derrière celle de Clémence et se lance dans un trot-galopette-queue-de-poisson pour prendre la tête. Leur gue-guerre est hilarante et on se prend au jeu de laisser nos chevaux se doubler et se chamailler.
La bataille prend rage trois heures durant.

Arrivés à Queropalca, on laisse tristement nos chevaux à Jamez, le remercions chaleureusement pour cette incroyable journée, et filons au lit !

Ne perdons pas le nord, mais suivons la flèche !

Join the discussion 2 Comments

  • Marie-Line dit :

    Que bonito ! … et quelle cadence à nous montrer vos aventures !
    On va bien finir par vous rattraper en Equateur !!!
    Vous aurez décidément fait le plein d’air pur dans les poumons.
    A bientôt, donc…
    ML

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