Jour 188 – Dans l’antre de Pachamama

Nous voilà déposés au milieu d’Uyuni.
Il faut vider le contenu de la Jeep et récupérer son bordel. Il n’est pas évident de retrouver toutes ses affaires dans la voiture qui était devenue comme une seconde maison.
Et puis surtout il faut se séparer.
Enfin, se séparer de Stéphanie surtout car elle est la seule qui part directement pour La Paz.
Avec Alex, Robin, et Liam nous partons pour Potosi, une ville minière de Bolivie.

Nous avons quelques heures avant le départ de notre bus.
Juste le temps de laisser quelques messages de remerciements à l’agence et à Diego notre chauffeur.
Nous sommes pris d’une frénésie de dessin. Certains plient de jolis avions en papier et voilà que volent les feuilles colorées. C’est à celui qui sera le plus rapide et le plus esthétique aussi. Bien sûr « Air Borowiack » a de la gueule avec ses ailes roses bonbons et sa vodka a volonté à bord.

Enfin bref. Nous embarquons à bord de notre bus, parés avec de délicieux pop-corn à 50 centimes.

Nous arrivons à Potosi en début de soirée. Cette ville est perchée dans les montagnes à 4070m d’altitude.
Décidemment, en Bolivie nous allons prendre de la hauteur.

Nous recherchons notre auberge en descendant la longue avenue principale avant de nous rendre compte que nous faisons fausse route… Il nous faut en fait remonter toute la colline pendant une vingtaine de minutes. Autant dire qu’on y a laissé plus d’une goutte de sueur. Le souffle coupé, nous atteignons l’auberge juste à temps pour découvrir un énorme écran plat avec HBO et Game of Thrones en espagnol. C’est Fanny et Robin qui feront le doublage français, accompagnés de délicieux Toddy (cookies argentins).

Après une heure de révélation sur l’univers de Westeros, nous décidons d’aller manger dans un fast-food poulet/frites que nous avons repéré en bas de la rue.
Nous avions rencontré il y a quelques semaines des touristes qui nous avaient prévenus qu’en Bolivie il valait mieux se nourrir essentiellement de poulet/frites afin d’éviter de passer sa journée sur le trône (et pas en fer cette fois), l’eau n’étant pas du tout adaptée à nos fragiles estomacs d’européens.
C’est comme ça que nous goûtons pour la première fois ce qui a l’air d’être un plat typique ici : un énorme morceau de poulet accompagné de délicieuses frites pour une poignée de Bolivianos seulement. Fanny se contentera (comme pour les prochaines semaines à venir) d’une portion de frites.
Nous sommes servis par une femme très largement enceinte et par une autre portant des talons frôlant les 12 centimètres. Nous commandons aussi un litre de limonade maison à emporter. C’est comme ça que devant nos têtes sidérées, la serveuse commence à remplir un sac plastique plein de limonade en laissant dépasser seulement une petite paille. Drôle de boisson à emporter !

Nous tombons bientôt dans les bras de Morphée, réalisant que le matin même nous étions encore dans le désert de sel d’Uyuni…

Le lendemain, après de jolis rêves de châteaux de sel, nous décidons que pour notre seule journée à Potosi, il nous faut visiter les mines !
En revanche, nous avons des problèmes de conscience à prendre part à ce genre de tourisme. C’est vrai que nous avons entendu beaucoup de controverses sur le tourisme des mines. De nombreuses agences organisent des tours sans rémunérer les mineurs et en exploitant une activité qui tue chaque année des dizaines de personnes travaillant dans des conditions extrêmes.

C’est pourquoi après réflexion et recherches sur internet, nous découvrons qu’une coopérative de mineurs a créé elle-même une agence pour faire découvrir aux touristes leur travail tout en redistribuant les fonds entre eux.

C’est comme ça que nous faisons la connaissance de Wilson, mineur depuis plus de 20 ans et reconverti maintenant dans le tourisme. Un sacré personnage si vous voulez mon avis.
Nous embarquons donc pour moins de 20 euros à travers un périple minier. A l’entrée du bus, nous ne sommes que 5 touristes : deux anglais, Alex et nous-mêmes. Robin aura manqué cette journée car il est tombé malade la veille (première victime de la tourista à déplorer). Wilson nous explique alors que c’est un plaisir de travailler avec des touristes à présent car sa carrière de mineur, bien qu’elle rapporte quatre fois plus qu’un salaire normal en Bolivie, est une carrière à risque économique et physique. C’est un métier dangereux où tu peux tout perdre si tu mises sur le mauvais tunnel.

C’est avec « Schumacher » que nous décollons vers les sommets.
Le premier arrêt est fait dans un marché sur les hauteurs. On nous propose d’acheter des cadeaux pour les mineurs, des offrandes pour les remercier de nous avoir accepté parmi eux. Wilson nous explique alors que l’on peut leur acheter une bouteille de jus, des feuilles de coca, de l’alcool à 96 degrés ou … de la dynamite. Les mineurs utilisent la dynamite pour ouvrir en plus large leur galerie et parfois lorsqu’ils reçoivent ça en cadeau, il la font exploser sous nos yeux. Wilson nous explique comment celle-ci fonctionne avant de la jeter aux pieds de Clémence. Elle effectue un bond en arrière de surprise mais rien ne se passe, la mèche doit être allumée pour effectuer une explosion. Wilson nous explique également l’utilité de la coca dans les mines : le manque d’oxygène lié à l’altitude mais également à la profondeur des tunnels est atténué grâce à cette feuille aux pouvoirs énergisants. Tout comme l’alcool, elle sert aussi d’offrande pour le Tio.

C’est les mains remplies de cadeaux et de dynamite que nous remontons à bord du mini-van direction le vestiaire. Nous recevons tout l’attirail d’un bon mineur : pantalon, veste, casque avec lumière, bottes, sac-à-dos et masque.
Nous sentons bien que tout ce matériel a servi pour d’autres, le matériel n’en est pas à son premier round.

Nous nous dirigeons ensuite vers le centre de tri des minéraux. C’est dans cette endroit immense que tous les sacs de minéraux sont apportés afin de séparer l’argent de ses déchets. Tout est traité chimiquement. Nous zigzaguons entre les différentes machines en faisant bien attention de ne rien toucher et de ne pas tomber dans une cuve (pas facile avec ces bottes).

Puis la petite camionnette commence à grimper tout en haut des montagnes.
Sur la route, Wilson nous explique qu’il a du mal à trouver des mineurs au travail car aujourd’hui nous sommes le lundi 2 mai et c’est férié en Bolivie. Il appelle tous ses amis pour voir qui est tout de même parti travailler le matin même.
Après quelques minutes, nous arrivons dans ce qui semble être un petit village abandonné en haut d’une montagne. C’est en fait l’entrée d’une mine. Les petites maisons alentours sont les résidences des veuves de mineurs. Elles sont très respectées dans la communauté et se doivent de garder l’entrée des mines. L’entrée du tunnel est situé entre les maisons.

Nous pénétrons dans la mine par une entrée couverte de sang de lama. C’est en fait des sacrifices qui sont effectués pour le Dieu Pachamama. L’histoire dit que la montagne a besoin de sang et que si tu ne fais pas assez de sacrifices, elle prendra la vie des mineurs.
En Bolivie, la religion catholique est mêlée aux croyances indigènes. Pour eux, la terre est une Déesse, la Déesse Pachamama, la « Mère Terre ». Les mineurs, qui travaillent en son sein, effectuent de nombreux rituels et offrandes pour lui faire des prières ou la remercier.

Nous commençons à marcher le long des rails en nous engouffrant dans le tunnel, nos lampes frontales allumées. Le sol est un peu boueux et les bottes sont maintenant appréciées. Puis le chemin se rétrécit peu à peu. Nous devons nous baisser pour ne pas nous cogner la tête. Plus nous avançons, et plus l’air devient moite et poussiéreux. Au bout de quelques minutes, Wilson nous crie à tous de nous écarter des rails. Nous courons à travers les conduits de la mine pour trouver un espace où nous pouvons tous nous loger. Nous trouvons ce petit espace libre juste à temps : nous entendons arriver à toutes vitesses un chariot de mineurs. Deux petites lumières pointent le bout de leur nez au fond du tunnel sombre et se rapprochent rapidement. Nous pouvons alors voir passer le chariot rempli de minerais avec, accrochés à l’arrière, deux mineurs accroupis qui nous crient des insultes. Apparemment ici, s’insulter est aussi un rituel. Si quelqu’un t’insulte, tu dois faire de même : c’est un signe de politesse.

Nous repartons sur le chemin des rails en marchant à moitié plié, ou carrément pliés pour les plus grands d’entre nous.
La chaleur se fait ressentir et nous marchons sans nous arrêter. Tout d’un coup Alexandre, qui se trouve au milieu du groupe, s’arrête. Il a du mal à respirer et son visage est tout blanc. Clémence rappelle Wilson qui marche à l’avant avec un rythme bien soutenu et qui n’a pas entendu ce qui se passe à l’arrière. Wilson accourt auprès d’Alex pour évaluer la situation. Celui-ci est assis par terre et essaye de reprendre son souffle. Il veut faire demi-tour. Wilson prend les choses en main : il dépose sur le masque d’Alex un peu d’alcool à 96 degrés puis lui dit de respirer en alternance à l’intérieur. Ca a l’air de marcher. L’air grâce à l’alcool semble descendre plus facilement jusqu’aux poumons. Après quelques minutes, nous sommes repartis.

Nous arrivons enfin jusqu’aux mineurs. Ils sont deux à travailler là.
Wilson nous fait signe de nous diriger vers l’autre côté de leur travail. Ici pour avancer, ça se fait à quatre pattes. Nous sommes au bout du tunnel, il n’y a plus de rails et les parois sont très proches et très toxiques. Le port du masque est obligatoire.
Wilson discute avec ses amis mineurs alors que chacun est occupé à prendre des photos ou tout simplement à essayer de respirer. C’est sans doute l’endroit où il fait le plus chaud. Sous nos casques nous transpirons à grosses goutes et l’air sent le soufre et est poussiéreux à souhait. Nous nous demandons même si nous n’allons pas y rester.
Les mineurs qui travaillent ici n’ont ni équipements, ni masques, et sont en jean/ tee-shirt. Ils creusent la parois afin de trouver le précieux argent. Ils sont tous les deux pères de 4 et 5 enfants et sont attendus à leur maison pour subvenir aux besoins de toute la famille. Nous leur donnons les cadeaux très rapidement en les remerciant.

Nous faisons le chemin inverse en remontant le tunnel pensant que la visite s’arrêterait là. Mais au bout de quelques mètres Wilson s’arrête face à un trou sur le côté des rails. Apparamment, c’est un chemin de 50 mètres de descente vers une autre galerie que nous allons emprunter. Wilson embarque Alex avec lui en tête pour qu’il ne se défile pas. Alors que ces deux là descendent le chemin à toutes vitesses, les deux anglais qui se trouvent devant nous prennent leur temps. Ce qui est dangereux. En effet, le chemin est un trou en descente ou nous rampons en faisant voler de plus en plus la poussière qui prend le malin plaisir à se frayer un chemin dans notre trachée malgré nos masques.
A ce moment précis, c’est une question de vie ou de mort !!
Nous haussons la voix sur les anglais les priant de bouger leurs fesses le plus vite possible. Nous arrivons en bas du chemin en quelques minutes dans un espace beaucoup plus grand qu’en haut où il fait plus froid et l’air est enfin respirable. Quelle délivrance !

Nous marchons à travers les tunnels qui se croisent et se séparent de toutes parts. C’est un vrai labyrinthe !
Puis nous nous arrêtons près d’une statue qui ressemble à un diable des mines. Wilson nous indique à tous de nous asseoir autour de lui. Il nous présente au dieu des mineurs : Tio Pachamama. C’est ici auprès de statues comme celle-ci que les mineurs font leur offrandes. Nous pouvons observer les cigarettes, les feuilles de cocas et les bouteilles d’alcool à 96 autour du Dieu, dans ses paumes ouvertes et dans sa bouche. Wilson commence à nous conter l’histoire de ses croyances et de ce Tio un peu spécial. Il effectue ensuite une prière pour chacun d’entre nous ; pour les célibataires : trouver l’amour, pour les personnes en couple : oublier la personne avec qui ils sont (qui apparemment ne les attend pas) et trouver quelqu’un d’autre en Bolivie. Pour conclure cette prière, nous sommes tous invités à boire deux gorgées de cet alcool à 96°.

Nous repartons donc vers la sortie en titubant quelque peu : le mélange alcool fort/ altitude et faiblesse du corps n’aide pas à éviter les rails sous nos pieds.
Nous voilà retrouvant l’air frais et le soleil.
Après quelques photos post-émotion, nous descendons avec le mini-van pour nous changer et rentrer à la maison. Nous quittons Wilson et Schumacher en les remerciant de nous avoir immergés dans les mines et de nous avoir partagés leurs conditions de vie, leurs rites et leur travail.

De retour dans le centre, nous allons nous perdre dans les marchés de rue de Potosi. Le soleil se couche mais l’activité dans les rues s’accélère. Des femmes vendent du pain, du riz, du quinoa, des hommes des chaussettes, des téléphones, des brosses à dents… Nous errons dans les ruelles, le regard perdu dans les étals, nous faisant alpaguer par les vendeurs.

Après la balade, nous rentrons à l’auberge pour vérifier que Robin est bien vivant.

Ne perdons pas le nord, mais suivons la flèche !

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  • Marie-Line dit :

    J’avais zappé ce debrieffing Potosi ce WE … j’en déduis que vous êtes ensuite allées sur La Paz ..; et – j’espère – le lac Titicaca.
    Belle allure dans vos costumes spéciaux « el Tio ».
    hasta proxima – M-Line

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