Making-Of Anton

C’est au détour d’un petit chemin de terre que nous avons croisé Anton pour la première fois.

Le matin, nous avions décidé d’aller faire un tour à Puerto Almanza, le port le plus proche d’Ushuaia, à 1h30 de route.
C’est notre hôte couchsurfeur qui nous avait annoncé, à notre plus grand étonnement, qu’à Ushuaia il n’y avait plus de pêcheurs depuis longtemps. Ayant dans l’idée de faire un sujet sur un pêcheur, nous avions donc décidé d’y aller pour la journée. Malheureusement, sur la Terre de Feu, les transports publiques sont un peu maigres. Pour se rendre à Puerto Almanza il y a deux solutions : payer une excursion en voilier (coût : 200 euros) ou faire du stop (coût : 0 euros). En bonne assistante de production, Clémence a vite mis fin au suspens.

C’est donc en très peu de temps que nous arrivons à mi-chemin pour le petit port de pêche car la route que nous empruntons est la seule pour sortir de l’île. Mais maintenant il nous reste 35 kilomètres à parcourir sur un chemin de terre où personne ne semble passer. Après avoir tenté désespérément de le faire à pieds, nous renonçons au bout de 2 kilomètres, la pluie venant gâcher notre avancée.

Plus qu’à attendre…

En une heure, 4 voitures passent sans s’arrêter.
Puis c’est un petit van blanc qui dévale la route, faisant voler la poussière autour de nous. Il s’arrête. Un petit monsieur passe sa tête par la fenêtre et nous dit : « Salut les filles ! Je voudrais bien vous rendre service mais j’ai vraiment pas de place là-dedans ». C’est vrai que les deux sièges avant de la camionnette sont occupés par de curieuses boites remplies d’eau.
Dans un ultime élan de désespoir, nous lui affirmons que nous pouvons prendre toutes les caisses sur nos genoux. Et puis tant pis, le confort on l’a laissé en France quand on a décidé de quitter nos king size beds et les bons petits plats de nos mamans. Il accepte, content de pouvoir nous rendre service (ou ayant vu nos têtes abattues).

A l’intérieur du véhicule, nous faisons connaissance. Nous lui parlons de notre voyage, de notre projet et de notre envie de rencontrer des pêcheurs vivant au bout du monde.

Il s’étonne lui-même et s’écrie : « Bah, vous êtes bien tombées chicas ! J’en suis un ! ».

Le fameux Anton nous explique alors pourquoi il vient tout droit d’Ushuaïa pour pêcher ici. Il s’exclame ravi de pouvoir nous présenter toute la bande de pêcheurs d’Almanza qu’il connait très bien.
Sur la petite route, entre virages et forêts, il nous raconte l’histoire de cette région et nous fait part de récits sur les gens vivant dans le coin.

Une demie heure plus tard, nous arrivons dans ce qui se trouve être le plus petit port que nous n’ayons jamais vu jusqu’ici. Il doit y avoir une dizaine de maisons, deux restaurants avec piste d’hélicoptère pour les clients fortunés, et un peu plus loin au bord de l’eau, une petite cabane en taule d’ou sort une fumée de cheminée.

A l’intérieur, Anton nous présente Pancho et Raphaël, ses collègues et amis pêcheurs.
Pancho et Anton sont de très vieux amis. Ils se sont rencontrés lorsque Anton a débarqué à Ushuaia, à l’époque où celui-ci faisait encore de la pêche sous-marine. Apparement, c’est l’heure du maté et des crêpes. Nous sommes chaleureusement conviées au repas. Ici l’ambiance est plus qu’agréable. Le son de la télé, qui ne capte qu’à moitié les chaînes chiliennes, et des miaulements de la quinzaine de chats jouant autour de nous, rythme nos conversations avec la bande d’amis. Nous analysons les trois profils que nous avons devant nous. Pancho fait de la pêche sous-marine, c’est un homme timide mais qui, en même temps, adore rigoler et raconter des anecdotes ; quant à Raphaël, c’est un homme plus réservé sur sa vie personnelle. La cabane où nous nous trouvons est sa maison et c’est un pêcheur de King Crab, l’un des produits phares de la région.
Lequel pourrait bien être notre portrait ?
C’est vrai que Raphaël pêche un produit très intéressant et de plus il pêche en bateau ce qui pourrait être sympa à filmer…Mais pour nous c’est tout de suite très clair, pas besoin de se concerter : Anton est celui dont on veut connaître le parcours, c’est un personnage très lumineux, passionné, généreux, simple.
Un maté dans la main, nous lui demandons si nous pouvons faire un sujet sur lui et celui-ci accepte, tout naturellement.

Le jour même, il nous emmène à son lieu de prédilection pour sa pêche. Munies de la caméra et du Zoom, nous observons son rythme de travail et ses gestes, pendant que celui-ci, désireux de tout nous faire connaître, nous explique chaque chose. En fin de journée, nous repartons pour Ushuaia avec un ami à lui.

Nous sommes revenues filmer deux jours plus tard à Puerto Almanza pour la fin de la pêche, puis un jour à Ushuaïa chez un restaurateur français qu’Anton venait livrer.

Pour notre dernier jour au port de pêche, nous avons eu droit à un repas dégustation de tout ce que la bande avait pêché, dont des énormes palourdes au vin blanc ! Raphaël nous donnera même un cours pour apprendre à cuisiner et à déguster comme il faut son King Crab.

Nous avons passé des moments inoubliables avec toutes ces personnes si généreuses, qui ont partagé avec nous ce qu’elles vivent comme ce qu’elles ont.

Merci à Anton, Adriana, Pancho, Raphaël et les autres.

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